Le shiatsu et le reiki sont deux pratiques énergétiques japonaises qui suscitent un intérêt croissant en Occident. Souvent confondues ou associées, ces deux approches partagent effectivement certaines similitudes, mais se distinguent fondamentalement par leurs techniques, leur philosophie et leurs applications. Si vous hésitez entre ces deux pratiques ou souhaitez simplement comprendre ce qui les différencie, cet article vous éclaire sur leurs spécificités respectives.
Les origines : deux histoires distinctes
Le shiatsu, héritier d’une longue tradition
Le shiatsu trouve ses racines dans les techniques de massage traditionnelles japonaises appelées « anma », elles-mêmes influencées par la médecine traditionnelle chinoise. Cette pratique s’est structurée et codifiée au début du XXe siècle au Japon, notamment grâce aux travaux de Tokujiro Namikoshi et Shizuto Masunaga.
Reconnu officiellement par le ministère japonais de la Santé en 1955, le shiatsu s’appuie sur des connaissances anatomiques précises et sur la théorie des méridiens issue de l’acupuncture. Il représente une synthèse entre les savoirs orientaux millénaires et certaines connaissances de la médecine occidentale moderne.
Le reiki, une pratique spirituelle récente
Le reiki a été développé au début des années 1920 par Mikao Usui, un moine bouddhiste japonais. Selon la tradition, Usui aurait reçu cette méthode de guérison lors d’une expérience spirituelle intense survenue après un jeûne et une méditation de vingt et un jours sur le mont Kurama, près de Kyoto.
Le terme « reiki » signifie littéralement « énergie universelle de vie » (rei = universel, spirituel ; ki = énergie vitale). Contrairement au shiatsu qui s’inscrit dans une filiation médicale, le reiki possède dès l’origine une dimension spirituelle et ésotérique marquée. Il s’est largement diffusé en Occident à partir des années 1970.
La technique : toucher actif versus imposition des mains
Le shiatsu : des pressions précises et rythmées
La différence la plus évidente entre shiatsu et reiki réside dans la technique employée. Le shiatsu utilise des pressions fermes et soutenues exercées principalement avec les pouces, mais aussi avec les paumes, les doigts, les coudes, voire les genoux ou les pieds selon les écoles.
Ces pressions suivent le trajet des méridiens énergétiques qui parcourent le corps et ciblent des points d’acupression spécifiques appelés « tsubos ». Le praticien utilise le poids de son corps pour exercer une pression perpendiculaire, progressive et rythmée, maintenue quelques secondes sur chaque point.
Le shiatsu intègre également des étirements, des mobilisations articulaires, des pétrissages et des percussions douces. C’est une pratique dynamique où le praticien se déplace autour du receveur, travaillant l’ensemble du corps de manière systématique. Une séance de shiatsu sollicite autant le corps du praticien que celui du receveur.
Le reiki : un toucher léger et statique
À l’opposé, le reiki se pratique avec un toucher extrêmement léger, voire sans contact physique direct. Le praticien pose simplement ses mains à plat sur différentes parties du corps ou les maintient à quelques centimètres au-dessus de la peau, sans exercer aucune pression.
Les mains restent immobiles durant plusieurs minutes sur chaque position, généralement entre trois et cinq minutes. Il n’y a ni pression, ni massage, ni manipulation. Le praticien agit comme un canal qui laisse passer l’énergie universelle vers le receveur, sans utiliser sa propre énergie.
Une séance de reiki se déroule dans une immobilité quasi complète, aussi bien pour le praticien que pour le receveur. Cette approche totalement passive du point de vue physique contraste fortement avec l’aspect dynamique et actif du shiatsu.
La philosophie énergétique : deux visions différentes
Le shiatsu : rééquilibrer les méridiens
Le shiatsu repose sur le concept du « ki », l’énergie vitale qui circule dans le corps le long de trajets précis appelés méridiens. Selon cette approche, la santé dépend de la libre circulation de cette énergie. Un blocage, un excès ou une insuffisance dans un méridien crée un déséquilibre qui se manifeste par des symptômes physiques ou émotionnels.
Le praticien de shiatsu établit un diagnostic énergétique en palpant les méridiens et le hara (ventre), identifiant les zones en vide ou en plénitude. Il adapte ensuite son travail pour tonifier les zones déficientes et disperser les zones en excès, restaurant ainsi l’harmonie dans la circulation du ki.
Cette approche s’appuie sur une cartographie énergétique précise issue de la médecine traditionnelle chinoise, avec douze méridiens principaux correspondant chacun à un organe et à des fonctions physiologiques spécifiques.
Le reiki : canaliser l’énergie universelle
Le reiki repose sur un principe fondamentalement différent. Il ne s’agit pas de travailler sur les méridiens ni d’établir un diagnostic énergétique complexe. Le praticien de reiki agit comme un simple canal entre l’énergie universelle (rei) et le receveur.
Selon cette philosophie, l’énergie possède une intelligence propre et se dirige naturellement là où elle est nécessaire, sans que le praticien ait besoin de diriger consciemment ce flux. L’intention du praticien et sa connexion à l’énergie universelle suffisent à activer le processus de guérison.
Le reiki ne nécessite pas de connaissances anatomiques ou de compréhension détaillée des systèmes énergétiques. C’est une pratique beaucoup plus intuitive et spirituelle, où la foi et l’ouverture du praticien jouent un rôle central.
La formation : rigueur technique versus initiations
Devenir praticien de shiatsu : un long apprentissage
La formation au shiatsu demande un investissement conséquent en temps et en énergie. Les cursus reconnus s’étendent généralement sur trois à quatre ans, avec un minimum de 500 à 700 heures de formation théorique et pratique.
L’apprentissage couvre de nombreux domaines : anatomie et physiologie occidentales, principes de médecine traditionnelle chinoise, théorie des méridiens et des points d’acupression, techniques de pression et de manipulation, diagnostic énergétique, et déontologie professionnelle.
Les élèves doivent pratiquer de nombreuses heures supervisées, rédiger un mémoire et valider des évaluations pratiques et théoriques avant d’obtenir leur certification. Cette formation rigoureuse reflète la complexité technique du shiatsu et ses fondements dans une tradition médicale millénaire.
Devenir praticien de reiki : le système d’initiations
La formation au reiki suit un processus radicalement différent, basé sur un système d’initiations ou « harmonisations » transmises par un maître reiki. Traditionnellement, il existe quatre niveaux dans l’apprentissage du reiki.
Le premier degré, accessible en un ou deux jours de formation, permet de pratiquer le reiki sur soi-même et ses proches. Le deuxième degré, également enseigné en quelques jours, introduit les symboles sacrés du reiki et permet la pratique à distance. Le troisième degré approfondit la pratique, tandis que le quatrième degré, celui de maître enseignant, autorise à former d’autres praticiens.
Cette rapidité d’apprentissage peut surprendre comparée à la longueur de la formation en shiatsu. Elle s’explique par la nature du reiki : n’étant pas une technique complexe nécessitant des années de pratique pour maîtriser des gestes précis, mais plutôt une capacité à canaliser l’énergie transmise lors des initiations.
Les applications pratiques : quand choisir l’une ou l’autre ?
Le shiatsu : pour des problèmes physiques concrets
Le shiatsu excelle dans le traitement des problématiques physiques bien identifiées. Il est particulièrement efficace pour soulager les douleurs musculaires et articulaires, les tensions chroniques du dos, de la nuque et des épaules, les migraines et céphalées de tension, ou encore les troubles digestifs fonctionnels.
Son action mécanique sur les muscles, les articulations et les tissus en fait un choix pertinent pour les sportifs, les personnes souffrant de problèmes posturaux ou celles cherchant un soulagement concret de douleurs physiques. Le shiatsu convient également très bien à la gestion du stress grâce à son effet profondément relaxant.
Les personnes qui apprécient un toucher ferme, qui ont besoin de sentir un travail corporel concret, ou qui recherchent une approche structurée et systématique se tournent généralement vers le shiatsu.
Le reiki : pour un rééquilibrage global et subtil
Le reiki s’adresse davantage aux personnes cherchant un rééquilibrage énergétique global, un apaisement émotionnel ou un soutien dans un processus de développement personnel ou spirituel. Il convient particulièrement aux personnes sensibles qui préfèrent un toucher très doux ou même sans contact.
Cette pratique peut être bénéfique pour accompagner des périodes de stress intense, d’anxiété, de dépression légère ou de transitions de vie difficiles. Le reiki est également apprécié par les personnes en recherche spirituelle ou celles qui sont réceptives aux approches énergétiques subtiles.
Les personnes qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas recevoir de manipulations physiques, comme certains malades en phase aiguë, les personnes très âgées ou fragilisées, peuvent trouver dans le reiki une alternative douce et non invasive.
La reconnaissance professionnelle et scientifique
Le shiatsu : une reconnaissance croissante
Le shiatsu bénéficie d’une reconnaissance officielle dans plusieurs pays. Au Japon, il est une profession réglementée nécessitant un diplôme d’État. En France, le titre de « Spécialiste en shiatsu » est inscrit au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) depuis 2015.
L’Organisation Mondiale de la Santé reconnaît le shiatsu comme une médecine traditionnelle digne d’intérêt. Plusieurs études scientifiques ont documenté ses effets bénéfiques sur le stress, les douleurs chroniques, la qualité de vie des patients en oncologie ou encore les troubles du sommeil.
Cette reconnaissance progressive s’explique par les fondements anatomiques solides du shiatsu et son inscription dans une tradition médicale millénaire bien documentée. De nombreuses mutuelles remboursent partiellement les séances dispensées par des praticiens certifiés.
Le reiki : une position plus controversée
Le reiki occupe une position plus délicate dans le paysage des pratiques de bien-être. Il ne bénéficie pas de reconnaissance officielle comparable à celle du shiatsu et reste souvent classé parmi les thérapies alternatives non conventionnelles.
Les preuves scientifiques de son efficacité demeurent limitées et controversées. La plupart des études montrent des résultats similaires à ceux d’un effet placebo, ce qui ne diminue pas nécessairement l’expérience subjective de bien-être rapportée par les receveurs, mais questionne les mécanismes d’action invoqués.
La dimension spirituelle et ésotérique du reiki, ainsi que la rapidité de formation des praticiens, soulèvent parfois des interrogations quant au sérieux de la pratique. Certaines mutuelles remboursent néanmoins les séances de reiki au même titre que d’autres médecines douces.
Peut-on combiner shiatsu et reiki ?
De nombreux praticiens se forment aux deux disciplines et les intègrent dans leur pratique. Ces approches peuvent être complémentaires : le shiatsu apporte une action concrète sur le corps physique et les méridiens, tandis que le reiki agit sur des plans plus subtils.
Certains praticiens de shiatsu intègrent des moments de reiki durant leurs séances, notamment pour approfondir la détente ou travailler sur des aspects émotionnels délicats. Inversement, des praticiens de reiki peuvent utiliser des connaissances de shiatsu pour cibler plus précisément certaines zones.
Cette combinaison reflète une tendance actuelle vers des approches holistiques intégratives, où différentes techniques se complètent au service du bien-être global de la personne.
Le déroulement d’une séance : deux expériences distinctes
Une séance de shiatsu
Une séance de shiatsu dure généralement entre 45 minutes et une heure. Le receveur reste habillé de vêtements souples et confortables et s’allonge sur un futon au sol ou parfois sur une table de massage.
La séance commence par un bilan énergétique, souvent réalisé par la palpation du hara (ventre). Le praticien travaille ensuite méthodiquement sur l’ensemble du corps, en suivant les méridiens et en ciblant les zones déséquilibrées. Le receveur sent des pressions fermes, des étirements et parfois des mobilisations articulaires.
L’ambiance est calme mais active. On entend le praticien se déplacer, ajuster sa position. Le receveur peut ressentir des sensations variées : chaleur, picotements, relâchement profond, parfois des émotions qui remontent.
Une séance de reiki
Une séance de reiki dure également entre 45 minutes et une heure. Le receveur, habillé confortablement, s’allonge généralement sur une table de massage. L’atmosphère est souvent accompagnée d’une musique douce et apaisante.
Le praticien place ses mains successivement sur différentes positions standardisées du corps, depuis la tête jusqu’aux pieds, sans exercer de pression. Chaque position est maintenue plusieurs minutes dans une immobilité totale. Le silence et le calme dominent.
Les sensations rapportées sont généralement plus subtiles qu’en shiatsu : chaleur émanant des mains du praticien, détente progressive, parfois des visualisations ou des prises de conscience émotionnelles.
Le coût des séances
En France, les tarifs des séances de shiatsu et de reiki sont généralement comparables, oscillant entre 50 et 80 euros pour une heure, selon la région et l’expérience du praticien.
Certains praticiens de reiki proposent des tarifs plus accessibles, la formation moins coûteuse et plus courte permettant parfois de pratiquer des prix inférieurs. À l’inverse, les praticiens de shiatsu certifiés, ayant investi plusieurs années et plusieurs milliers d’euros dans leur formation, ajustent leurs tarifs en conséquence.
Les deux pratiques peuvent être partiellement remboursées par certaines mutuelles, bien que le shiatsu bénéficie généralement d’une meilleure prise en charge grâce à sa reconnaissance officielle.
Conclusion
Shiatsu et reiki, bien que tous deux issus de la tradition japonaise et travaillant sur l’énergie vitale, représentent deux approches fondamentalement différentes. Le shiatsu s’apparente davantage à une technique de massage thérapeutique structurée, basée sur des connaissances anatomiques et énergétiques précises, tandis que le reiki relève d’une pratique spirituelle et intuitive de canalisation énergétique.
Le choix entre ces deux pratiques dépend de vos besoins spécifiques, de votre sensibilité personnelle et de ce que vous recherchez. Si vous souffrez de douleurs physiques concrètes et appréciez un toucher ferme et un travail corporel actif, le shiatsu sera probablement plus adapté. Si vous recherchez une approche très douce, sans manipulation, avec une dimension spirituelle, le reiki peut mieux vous convenir.
L’idéal reste d’expérimenter les deux pratiques pour ressentir par vous-même laquelle résonne le plus avec vos besoins. Certaines personnes apprécient d’alterner entre les deux, bénéficiant ainsi des avantages complémentaires de chaque approche. Dans tous les cas, assurez-vous de consulter des praticiens correctement formés et certifiés pour profiter pleinement des bienfaits de ces disciplines fascinantes.